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Par Olkeri.space
Cuba, Bolivie et Paraguay : quand l'électricité rencontre l'ambition
Trois économies latino-américaines aux contraintes inhabituelles et, pour le Paraguay, un excédent énergétique considérable.
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Trois économies latino-américaines illustrent à quel point un même contexte régional peut façonner différemment le développement technologique.
Le Paraguay :
Le Paraguay occupe l'une des positions électriques les plus singulières au monde : il copossède deux barrages hydroélectriques immenses, dont l'un des plus grands de la planète, et produit bien plus d'électricité qu'il n'en consomme, exportant l'excédent vers ses voisins.
Cet excédent a rendu le Paraguay attrayant pour le minage de cryptomonnaies, qui s'y est beaucoup développé, et la même logique vaut pour le calcul en IA : une électricité abondante, bon marché et bas carbone est précisément ce dont ont besoin les centres de données.
La renégociation du traité régissant l'un des barrages a été un enjeu national majeur, avec des conséquences sur la part d'électricité que le Paraguay peut conserver et vendre chez lui, et le pays a activement envisagé d'attirer des industries intensives en énergie plutôt que d'exporter de l'électricité brute.
Les contraintes sont importantes : une population réduite, une formation technique limitée, une capacité de recherche minimale, l'enclavement et une connectivité qui dépend du transit par les voisins. Développer des centres de données suppose non seulement de l'électricité, mais aussi de la capacité réseau et du personnel d'exploitation qualifié.
Le secteur technologique national est petit, l'économie étant dominée par l'agriculture, en particulier le soja et le bœuf, et les usages agricoles sont les plus pertinents sur le plan intérieur.
La Bolivie :
La Bolivie détient parmi les plus grandes ressources de lithium au monde dans ses salars, ce qui la relie directement à la chaîne d'approvisionnement des batteries qui sous-tend l'électrification et le stockage en réseau.
L'extraction a progressé lentement, freinée par la difficulté technique, la chimie particulière des saumures boliviennes, le contrôle de l'État sur la ressource et l'instabilité politique. Plusieurs partenariats internationaux ont été annoncés pour une production limitée.
L'économie est par ailleurs dominée par le gaz naturel, les mines et l'agriculture, avec un secteur technologique petit et concentré à La Paz et Santa Cruz.
La connectivité et l'accès à l'électricité se sont améliorés mais restent limités en zone rurale, et l'altitude comme le relief compliquent les infrastructures.
Parmi les usages à pertinence locale figurent le suivi agricole, l'exploitation minière et le risque de catastrophe, inondations et sécheresses étant tous deux significatifs.
Cuba :
La situation cubaine est définie par l'isolement et la pénurie. L'économie est dominée par l'État, et l'embargo américain de longue date limite l'accès aux technologies, aux systèmes de paiement et aux services de nuage.
Malgré cela, Cuba dispose d'une population instruite au fort taux d'alphabétisation et d'une solide tradition en sciences médicales et en mathématiques, et des développeurs cubains travaillent pour des clients étrangers là où les canaux de paiement le permettent.
L'accès à internet est resté extrêmement limité jusqu'à une période récente, et l'accès aux données mobiles, une fois introduit, s'est étendu rapidement. La connectivité reste chère au regard des revenus et sujette à restriction lors des périodes d'agitation.
L'approvisionnement électrique s'est nettement dégradé, avec des coupures longues et fréquentes qui affectent toute l'activité économique, ce qui rend impraticable toute infrastructure informatique.
Les usages se concentrent dans la santé et la biotechnologie, où Cuba possède une capacité de recherche véritable et un secteur pharmaceutique établi.
Le fil commun :
Tous trois démontrent que des dotations naturelles, électricité, lithium ou population instruite, ne se convertissent pas automatiquement en capacité technologique. Ce sont les institutions, la connectivité, le capital et la stabilité qui déterminent si le potentiel se réalise.
L'excédent énergétique du Paraguay est l'actif d'IA inexploité le plus frappant de la région. Qu'il attire des infrastructures de calcul dépend de décisions sur le transport d'électricité, la connectivité et les conditions d'investissement plutôt que de l'électricité elle-même.